Cinquième ville du pays, Nice vote majoritairement à droite depuis plus de soixante-dix ans. Les enquêtes d’opinion indiquent que cet ancrage devrait perdurer quel que soit le vainqueur du scrutin des 15 et 22 mars prochains.
Actuellement en difficultés dans les sondages et au cœur d’un scandale naissant qui plombe la fin de sa campagne , Christian Estrosi qui dirige la ville depuis 2008, fut l’une des premières figures de la droite à se rallier à Emmanuel Macron dès 2017. Aujourd’hui vice-président d’Horizons, le parti d’Édouard Philippe, il voit ses mandats de maire et de président de la puissante métropole menacés par Éric Ciotti qui fut autrefois son collaborateur.
L’ancien président des Républicains, héritiers des formations gaullistes qui ont longtemps structuré la droite française, a lui quitté avec fracas en juin 2024 le parti dont il assumait la direction pour créer l’Union des droites pour la République, formation satellite du Rassemblement national qui dispose aujourd’hui d’un groupe autonome à l’Assemblée nationale.
À première vue, tout oppose aujourd’hui les deux hommes. L’un s’est inscrit dès 2017 dans les accommodements d’une droite compatible avec le centre macroniste. L’autre, après avoir longtemps été l’un des tenants de la ligne d’indépendance des Républicains, a choisi d’assumer un rapprochement stratégique avec le Rassemblement national au lendemain des élections européennes de 2024.
Les deux ont pourtant rempli une fonction comparable en servant de passerelles politiques. Horizons prépare la candidature d’Édouard Philippe, le premier Premier ministre d’Emmanuel Macron, à l’élection présidentielle. L’UDR accompagne quant à elle la normalisation du RN dans la perspective du pouvoir. Dans les deux cas, une partie de la droite traditionnelle a accepté de se placer dans l’orbite d’un projet politique qui la dépasse.
Ces repositionnements illustrent le mouvement de balancier qui déplace vers la droite le barycentre de la vie politique française. Le macronisme apparaît désormais comme un allié encombrant pour une partie de la droite. Christian Estrosi lui-même s’est défendu durant la campagne d’en avoir été le soutien.
À l’inverse, la dynamique du Rassemblement national ne semble pas s’essouffler, même à l’approche d’échéances judiciaires qui devraient voir Marine Le Pen condamnée à une peine d’inéligibilité.
Pour la première fois dans l’histoire récente de la Ve République, le poids politique du RN commence à peser jusque dans les élections municipales de grandes villes, terrains où il souffrait traditionnellement d’un déficit d’implantation locale. Attirer à lui des élus issus de la droite classique constitue désormais pour lui un levier décisif pour gagner en 2027.
L’exemple niçois sera donc observé bien au-delà de la Côte d’Azur. Il est d’autant plus révélateur que plusieurs cadres des Républicains ont choisi de soutenir plus ou moins explicitement Éric Ciotti malgré la décision officielle du parti présidé par Bruno Retailleau de soutenir Christian Estrosi dans le cadre d’un accord conclu avec Horizons. Une décision mal acceptée par la base du parti qui illustre les tensions profondes qui traversent aujourd’hui la droite française, tourmentée par l’idée mal définie d’union des droites.
À ce titre, l’échéance niçoise pourrait apparaître, au même titre que l’élection parisienne, comme un moment de clarification. Un résultat qui ne manquera pas d’éclairer les modalités de la primaire ouverte de la droite et du centre dont l’idée prend corps chaque jour davantage.
Après avoir été longtemps aspirée vers le centre au cours de la séquence macroniste, une partie de la droite semble désormais refluer vers ses marges. Si le scrutin niçois ne tranchera pas à lui seul la question de l’avenir stratégique de la droite française, toujours en quête de sa propre voie, il pourrait en constituer l’un des premiers verdicts politiques. De quoi attirer sur elle tous les regards.




